Histoire vraie
Alleluia
Ca y est ! Il a bougé ! Je file au futur père un solide coup de coude pour lui faire partager ma joie. "Euh... Moui, tu es sûre ?" interroge l’homme de ma vie d’une voix ensommeillée (il est trois heures du matin). Insinue-t-il, le bougre, que je suis capable de confondre le premier coup de pied de notre divin enfant avec un vulgaire borborygme ?
Soudain, dans ma tête, tout prend forme. A 22 semaines de grossesse, l’enfant que je porte en moi prend soudain une réalité concrète. Il faut lui trouver un prénom à ce cher petit dont on ne sait toujours pas si c’est une FILLE OU UN GARÇON.
Demain, je me pencherai sur l’un des soixante-trois ouvrages et almanachs des prénoms du monde entier proposés en librairie. "Et sa chambre ? Tu as pensé qu’il fallait repeindre la petite chambre du fond ?" m’enquiers-je auprès du futur papa qui s’était rendormi entre-temps. "En vert prairie, ce serait joli, tu ne trouves pas ? Qu’est-ce que tu penses de Delphine, comme PRENOM ? Ce serait bien pour une petite fille ? Et Benjamin pour un garçon, cela te plaît ? Ou peut-être tu trouves ça niais..." Seul un ronflement particulièrement sonore me répond. Mais je ne me décourage pas pour si peu. Nous en reparlerons demain.
Ce qu’il y a de bien avec nous, les futures mamans modernes, c’est que nous sommes bien informées. En général, à mi-grossesse, nous avons fait l’acquisition d’une demi-douzaine d’ouvrages.
Enceinte, notre mère se limitait au bon vieux docteur Spock. Nous lisons aussi "Les atlas illustrés des indications classiques et nouvelles de l’ECHOGRAPHIE " par Bolinard et Gombergh. Rien ne nous rebute. Et à notre mari ironique qui nous demande si nous préparons un doctorat en obstétrique, nous opposons un silence méprisant. Père indigne, va.
Notre soif de savoir va jusqu’aux ouvrages de Dolto, Brazelton et autres Bettelheim qui nous enseignent comment éveiller à la vie la future petite merveille et lui donner tous les atouts pour un développement personnel enrichissant. Lectures prématurées alors que le génie en devenir n’est encore qu’un foetus immature ? Il paraît que cette frénésie de savoir s’interrompt généralement lorsque l’enfant est né. Parce qu’entre deux biberons et les couches à changer, on n’a plus guère le temps de se plonger dans "Le nourrisson, la mère et le psychanalyste", du Professeur Lebovici.
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