Histoire vraie
Victoire en deux rounds
J’ai été une petite fille sage, une jeune fille bien élevée et je suis à présent une jeune femme bien sous tous rapports. Mais lorsque je déboule à 4 heures du matin à la maternité, la main sur le ventre, et que l’on me fait signer mes papiers d’admission et que l’on me demande mon numéro d’immatriculation à la sécurité sociale, je manque d’exploser. Comme a explosé, il y a quelques heures, ce petit bouchon qui assurait l’étanchéité de la bulle aquatique dans laquelle baignait Petitou depuis 9 mois.
J’emboîte le pas à une infirmière peu amène qui me conduit illico à la SALLE DE TRAVAIL. Je m’installe sur un matelas bien dur, la sage-femme surélève mes oreillers et me voilà à attendre, une pile de magazines sous la main, que mon col s’efface progressivement et que le passage pour Polichinelle se fasse plus large et plus accessible... Toutes les heures, une infirmière vient mesurer l’ouverture du col. Gérard est à mes côtés et, à la vérité, il s’ennuie un peu. Comme seule distraction, nous avons le MONITORING, qui permet de mesurer l’intensité de mes contractions et de surveiller le rythme cardiaque du bébé.
Puis tout s’accélère. Les contractions se rapprochent et se font plus douloureuses. Beaucoup plus douloureuses. Je tâche de mettre en pratique mes cours de respiration suivis avec assiduité chez ma sage-femme pendant les 8 séances. J’ai du mal. La respiration tourne à l’halètement. C’est quand qu’on me la fait, cette fichue péridurale ? "Trois centimètres" déclare le gynéco. Qui pousse mon lit roulant vers la salle d’accouchement.
On m’avait dit que la plupart des maris sensibles tournent de l’oeil à la seule vue de l’immense aiguille qui sert à injecter le produit anesthésiant. Pas Gérard. Il est parti téléphoner. A sa mère. "Tout va pour le mieux, maman, c’est pour bientôt". Tout va pour le mieux, tout va pour le mieux. On voit bien que ce n’est pas lui qui est harnaché sur une table d’accouchement, avec une aiguille plantée dans le dos !
Mais patience. Encore quelques minutes et je ne sentirai plus rien. Ce n’est pas que je trouve le temps long, mais j’aimerais que Petitou daigne faire son entrée dans le monde. Sont-ce les spots géants braqués sur la porte de sortie qui l’intimident ? "Poussez, madame" me dit la sage-femme. Qu’est-ce qu’elle croit que je fais, celle-là ? Je suis fatiguée, voilà. Je n’ai plus vingt ans et, question accouchement, je manque d’entraînement.
Et puis voilà que tout s’agite autour de moi. Dans la confusion, je vois le gynéco s’approcher. "On va utiliser un petit FORCEPS, cela ne sera rien". Tu parles. Que va t’on faire à mon futur prix de beauté ? Gérard me caresse le front. Je suis épuisée. Voilà une heure et demie que je suis dans cette maudite salle d’accouchement, et Petitou se fait toujours désirer.
La sage-femme me colle un masque à oxygène sur le nez. Je reprends un petit peu de mes forces. Et je recommence mes poussées. Sous les encouragements de l’assistance. On se croirait sur un ring de boxe, ma parole. "Allez-y, allez-y, il passe la tête" me lance l’accoucheur. J’y vais, j’y vais. Je pousse de toutes mes forces. Je vois une tête, puis deux épaules, puis le corps entier... Julien Dautrefaille, fils de Gérard Dautrefaille et de Lucie Delapierre, Scorpion ascendant Balance, 3 kilos 430, zéro dent et zéro cheveu, mais beaucoup de coffre (toute la maternité est au courant de l’heureux événement) est né à 13h30, à l’heure de la sieste. Mais son accouchement ne fut pas de tout REPOS.
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