Bonjour Roxane,
Je viens de découvrir ce site et je n'arrête pas d'écrire car ça me fait énormément de bien. Je viens de découvrir ton message et il m'a frappé car on a vécu à peu près les mêmes choses en même temps. J'espère que tu viens encore sur ce site...
En novembre dernier, le 21 novembre 2002 exactement, je donnais naissance à ma petite Léanne, à 5 mois de grossesse. L'échographie nous avait révélé une malformation cardiate d'Ebstein très sévère et donc son avenir était plus que sombre. Nous avons alors pris la terrible et difficile décision de faire arrêter la grossesse. La décision fut d'autant plus difficile que nous essayions depuis deux de concevoir.
Comme j'était à 5 mois, je ne pouvais pas subir un simple curetage. J'ai dû accoucher normalement, avec toutes les douleurs physiques, en plus de la douleur psychologique.
Moi aussi j'ai vu ma petite fille d'amour sortir de moi, si petite. Elle pesait 1 livre (454 g) et mesurait environ 25 centimètres. C'était un petit bébé tout bien formé. Avec plein de cheveux bruns et une peau rosée. En fait, mon mari l'a vu sortir, mais moi je l'ai vu environ 1/2 après l'accouchement. Elle était toute emmaillotée. Je regrette de ne pas l'avoir vue toute nue. Ça peut sembler stupide à dire, mais c'est tout ce qui me reste d'elle alors j'aurais aimé la voir au complet...tu comprends? Et sur le coup, nous n'avons pas voulu la prendre dans nos bras. Mais aujourd'hui je regrette cela. Je n'ai pas beaucoup de regrets dans ma vie, mais ça c'en est un grand.
Tu sais, l'image de ton bébé ne te quittera jamais. Et c'est correct. Sur ce forum j'ai lu l'histoire d'une femme qui a aujourd'hui 50-quelques années à qui c'est arrivé (et elle a quand même deux grands enfants) et elle dit ne pas avoir oublié. Elle dit que ça reste toujours. Il faut seulement apprendre à vivre avec cela. Pour ma part, l'hôpital m'a préparé une enveloppe-souvenir. Dans cette enveloppe, il y a mon bracelet d'hôpital et celui de Léanne. Ils ont pris deux photos d'elle et me les ont données. J'ai aussi ses empreinte de pieds et de mains. Par la suite, j'y ai inséré les photos où on me vois enceinte d'elle. J'y ai aussi mis des mots ou pensées que j'écrivais relativement à mon expérience. Je crois que ça aide énormément.
Le deuil périnatal est particulier et se différencie des autres sortes de deuil. D'abord, alors que les autres deuils se font par rapport au passé et par rapport une relation bien établie qu'on avait avec le défunt, le deuil d'un bébé est le deuil de l'avenir. De plus, il est plus difficile à vivre car il nous manque les souvenirs. C'est pour ça qu'il est important de s'en créer, comme je l'ai expliqué plus haut. En plus, lors d'un deuil périnatal, on doit faire le deuil d'une partie de soi... On doit aussi faire le deuil de notre état de "femme enceinte" où on avait toutes sortes d'attention qui nous étaient portées.
Enfin, il reste toujours l'avenir malgré tout. Et c'est vers l'avenir qu'il faut se tourner. Tu dois aussi te forcer à voir les côtés positifs, même dans les pires situations. Moi, mon plus grand malheur m'a donné mes plus grands bonheur. Premièrement, le bonheur d'être enfin enceinte, de sentir mon bébé bouger en moi et oui, même si aux yeux des autres ce n'est peut-être pas le cas, de devenir maman. Car je suis bel et bien la maman de Léanne et toi tu es la maman de ...(lui as-tu donné un nom? Peut-être ne connaissais-tu pas le sexe. Si tel est le cas, pourqoi ne pas choisir un nom qui veut dire quelque chose comme Espoir ou lui donner un nom qui n'est ni masculin, ni féminin comme Claude?) J'ai aussi eu le bonheur de me raprocher de mon mari. Ce dernier, David, a été avec moi à l'hôpital pendant les trois jours où j'y étais. Notre amour s'en est trouvé grandi et aprofondi. De plus, j'ai eu le bonheur d'avoir la certitude que je pouvais tomber enceinte.
Aujourd'hui, j'essai de ne pas focuser sur le malheur seulement. Je ne veux pas oublier, bien-sûr, et j'ai donné une place à part entière à Léanne dans notre famille. Elle a son petit ange dans le sapin de Noël pour nous rappeler qu'elle est avec nous. Et elle sera toujours l'ainée de mes enfants. Mais j'essai également de voir tout ce que j'ai et pas juste ce que je n'ai pas. J'ai tellement de belles choses dans ma vie.
en juillet dernier, je suis tombée enceinte à nouveau, mais pour des raisons que j'ignore, j'ai fait une fausse-couche à 12 semaines. Là, je suis à nouveau enceinte (de 5 semaines). Malheureusement, je suis remplie de crainte et je n'arrive pas à m'attacher. Je crois que je veux me protéger. Je ne l'ai dit à personne encore. Enfin, seul l'avenir nous dira ce qui arrivera. De toutes façons, en même temps, nous allons adopter aux Philippinnes. J'ai d'ailleurs reçu la merveilleuse nouvelle que notre dossier est approuvé depuis le 19 septembre dernier. Je dis à tous ceux qui veulent l'entendre que cette approbation est pour moi comme un symbolique test de grossesse positif. C'est l'attente qui commence. Des fois je me dis qu'on veux si fort un enfant alors qu'il y en a des millions sur cette terre qui ne demandent qu'à avoir des parents et un peu d'amour et de tendresse. J'ai vraiment hâte de serrer mon petit bébé aux yeux bridés.
Bon courage et si tu lis ceci, n'hésites pas à réécrire. J'aimerais bien avoir de tes nouvelles.